Suivez les aventures de Joey, Mylène, Emma et Edward

Vietnam, 3e partie - Ninh Binh

Mylene
Mylène
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Comme Joey l’a mentionné dans son dernier billet, quelques jours avant notre arrivée, on a eu une petite réalisation soudaine : « Hmm… exactement comment on fait pour se rendre du point A au point B? » C’est là qu’on a découvert que Huế et Ninh Bình ne sont pas, en fait, voisines. Elles sont séparées par un bon 10 heures de route. Petit détail qu’on avait, disons… un peu négligé.

Après avoir regardé nos options, on a choisi un autobus de nuit avec couchettes. Pas des sièges, des lits. Les enfants trouvaient que c’était littéralement la meilleure invention de l’histoire du transport. Un pyjama party… qui roule? Vendu instantanément. Pour un trajet de 10 heures, partir de nuit nous semblait franchement génial.

On a essayé de réserver le bus de 23h à 9h. Complet. Évidemment. On s’est donc rabattus sur celui de 20h à 6h. On arrive tôt? Oui. Gérable? On pensait que oui. On allait déposer nos sacs, déjeuner et explorer la ville comme les voyageurs reposés qu’on était convaincus d’être.

Ce qu’on n’avait pas encore réalisé? On arrivait pendant le Tết, le Nouvel An lunaire du Vietnam. La plus grosse fête de l’année, imaginez l’Action de grâce, Noël et le Jour de l’An tout en même temps.

Notre bus est parti avec 45 minutes de retard. Pas grave, qu’on se disait. On va juste arriver un peu plus tard, super! On a donné du Gravol à tout le monde d’avance parce qu’on n’avait aucune idée si ça allait être une ride tranquille ou des montagnes russes pendant 10 heures. Je m’attendais presque à me réveiller à 2h du matin avec Edward en train de vomir partout. Mais on a eu le droit à un miracle: les deux enfants se sont endormis immédiatement.

Moi? Pas du tout. J’ai lu. Je me suis tournée d’un bord à l’autre. J’ai tourné sur moi-même comme un poulet sur une rôtissoire en essayant de trouver une position confortable. Vers minuit, l’autobus s’est arrêté. Je pensais que c’était une pause toilette. Mais en regardant par la fenêtre, j’ai réalisé qu’on était juste… stationnés sur le bord de la route pour une raison inconnue.

Et là, c’est arrivé. Minuit a sonné et le pays au complet a explosé.

On m’avait dit qu’il y avait des feux d’artifice pour le Nouvel An au Vietnam. J’imaginais des spectacles organisés, contrôlés, officiels. Pas pantoute.

Apparemment, chaque famille lance ses propres feux d’artifice à minuit. On était au milieu de nulle part, et ça pétait dans toutes les directions: des maisons, des champs, des endroits qui ne ressemblaient même pas à des maisons. C’était magique. Complètement chaotique. Légèrement inquiétant. Je n’avais jamais rien vu de pareil.

Les feux d'artifices de mala

Finalement, je me suis endormie… pour me faire réveiller en sursaut par le chauffeur qui me faisait signe vers la porte. On était arrivés. J’ai regardé ma montre... 4h30! On n’était pas supposés arriver avant 7h!

« Êtes-vous certain? » j’ai demandé, à moitié convaincue qu’on s’était fait débarquer au mauvais endroit. « Yes, yes! » qu’il insistait. Google Maps confirmait : on était bien à Ninh Bình. D’une manière ou d’une autre, malgré le départ en retard, il avait conduit comme s’il était en course contre le temps, retranchant deux heures au trajet.

Nous voilà donc quatre humains à moitié endormis, dans le noir, le matin du Jour de l’An. Pas de Grab. Pas de taxi. Pas de lumière. Juste nous… et nos talents d’organisation de plus en plus discutables.

Après quelques minutes à fixer le vide, un homme est apparu en chuchotant : « Taxi, taxi. » À ce stade-là, il aurait pu être un fantôme, on aurait dit oui pareil. Il nous a déposés à notre hôtel… qui était noir total, silencieux et fermé, dans un vibe très clair de « revenez plus tard ».

Souriante à 4:30 du matin

Il était 4h45. Et là qu’est-ce qu’on fait?

Joe est parti à la recherche d’un autre hôtel aux alentours pendant que je fixais la porte en espérant l’ouvrir par la seule force de mon désespoir. Et… ça a marché! À l’intérieur, un gardien dormait sur un divan, dans le noir. Teddy a chuchoté : « Maman… y’a quelqu’un. » et il avait raison. Honnêtement, les suspects, c’était probablement nous.

Le gardien nous a gentiment dit qu’on pouvait s’étendre sur les divans jusqu’à l’ouverture de la réception. Alors nous voilà, tout habillés, étendus dans le lobby, à faire semblant que ça faisait partie de notre plan de voyage soigneusement élaboré.

Vers 7h, le personnel est arrivé. Notre chambre ne serait prête qu’à 14 h (évidemment), alors on a laissé nos sacs et on est partis explorer la ville.

Rappelez-vous : Tết.

La ville avait l’air d’un décor de film où quelque chose de grave venait de se produire. Presque tout était fermé. On a marché dans des rues vides jusqu’à trouver, enfin, un café ouvert: café, nourriture, et espoir.

Les enfants ont même fait un peu d’école, parce que rien ne dit « école en voyage » comme après avoir survécu à un bus de nuit.

Alors, on en pense quoi de cette aventure?

Les enfants : « Meilleure nuit de notre vie. On peut-tu refaire ça? »

Joe : en pleine remise en question de notre style de voyage.

Moi? Honnêtement… c’est une de mes histoires préférées du voyage. On a survécu. On a vu des feux d’artifice comme nulle part ailleurs. On a dormi dans un lobby. On a bu le café le plus nécessaire de notre existence. Et éventuellement, on a enfin pu s’écraser dans notre chambre.

La météo à Ninh Bình était plutôt nuageuse ou comme Google disait triste et déprimante. Un peu sévère, mais pas totalement faux. Ça ne nous dérangeait pas. Après des mois de chaleur et de soleil, les nuages et la brume étaient presque rafraîchissants, et rendaient les paysages encore plus magiques, comme si les montagnes essayaient d’être mystérieuses par exprès. On appelle souvent Ninh Bình « la baie d’Halong sur terre», et quand on voit les immenses falaises calcaires surgir des rizières à perte de vue, on comprend pourquoi. On restait à Tam Coc, un petit village parfaitement situé près des principaux attraits et entouré de vues qui semblent irréelles.

La première journée, on l’a prise très mollo (raisons évidentes de manque de sommeil). En après-midi, je suis partie marcher et, en moins de deux minutes, je me retrouvais au milieu des rizières, entourée de falaises. Pas de transition graduelle, juste un gros « wow » direct.

Je me suis rendue à un temple construit dans la montagne, déjà impressionnante en soi, puis j’ai trouvé un petit sentier caché menant à un lac tranquille: pas de foule et pas de bruit. Juste un de ces moments de voyage imprévus qui deviennent les meilleurs souvenirs.

Voyager pendant le Nouvel An lunaire a ses avantages et ses inconvénients. Du bon côté, la ville était incroyablement tranquille. On pouvait marcher ou faire du vélo partout sans se soucier du trafic. Tout était calme, paisible… presque trop calme. Du moins bon côté, la majorité des restaurants que je voulais essayer étaient fermés. Ceux qui étaient ouverts avaient des menus limités et fonctionnaient clairement en « mode vacances ». À un moment donné, même les guichets automatiques étaient à sec.

Un de ces jours plus tranquilles, on a loué des vélos pour explorer les rizières. Les enfants voulaient des vélos réguliers, alors on a laissé faire les électriques. Décision audacieuse, considérant que l’enthousiasme a duré plus longtemps que l’énergie. On a pédalé à travers les champs, arrêté à quelques points de vue, pris des cafés et des smoothies, et juste pris notre temps. Simple, relax, parfait.

On a vu ce petit chien dans un café

Comme les massages au Vietnam sont ridiculement abordables, encore moins chers qu’en Thaïlande, on s’est dit : pourquoi pas encore? Les enfants parlaient d’avoir des massages de jambes et de pieds depuis des semaines, alors on a cédé. Les voir était trop drôle:  emmitouflés dans des couvertures chaudes, masque au visage comme des mini influenceurs spa, en train de se faire masser les jambes et les pieds comme des rois.

Au début, Edward a refusé le masque pour les yeux. Pas question. Il était convaincu qu’il allait manquer quelque chose s’il s’endormait. « Je veux tout vivre au complet », disait-il, les yeux grands ouverts. Pas de sieste de spa pour lui. Pendant ce temps-là, Joey et moi profitions d’un massage complet d’une heure pour moins de 20 $. À ce prix-là, ça aurait été irresponsable de dire non.

Un matin, on a décidé d’aller au fameux point de vue avec un dragon au sommet d’une montagne. C’était nuageux et brumeux, alors nos attentes étaient basses. On s’est dit qu’on ne verrait probablement pas grand-chose… excellente stratégie pour gérer les déceptions.

On est arrivés tôt pour éviter la foule et étonnamment, ça a fonctionné. Après plus de 500 marches (que les enfants ont décrites comme « trop faciles »), on a atteint le sommet et été récompensés par une superbe vue… et quelques chèvres de montagne très relax. En redescendant, c’était bondé. On était franchement fiers de nous mais ce sentiment n’allait pas durer…

Ça parait pas sur cette photo mais il a tout une falaise de chaque côté. Les enfants sont rendu pas mal courageux!
On peut mieux voir comment haut était le dragon.
Cette chèvre relaxait dans les escaliers. Ça lui faisait rien que plein de monde marchait autour de lui
Pis cette chèvre est super patriotique

On voulait absolument faire une balade en bateau à Tràng An, à travers le site classé à l’UNESCO. Tous les blogs disaient la même chose : allez-y tôt ou tard pour éviter la foule.

Première tentative? Pluie.

Deuxième tentative? Trop de brouillard (du moins, c’est ce qu’on pensait). On a donc reporté. Grosse erreur, avec le recul.

À notre dernière journée, la météo a finalement coopéré. On visait 8h30, convaincus de faire un choix intelligent et raisonnable.

Erreur monumentale!

À notre arrivée, c’était le chaos total : trafic bloqué dans tous les sens, foules débordant des trottoirs, files qui semblaient ne mener nulle part et partout à la fois. Ça ressemblait moins à une escapade paisible en nature qu’à un parc d’attractions à sa journée la plus achalandée. Joey et les enfants étaient déjà mentalement dans l’auto, prêts à partir. Honnêtement, je les comprends. Mais c’était notre dernière journée et je tenais vraiment à cette activité. Contre toute attente, ils ont accepté de rester. Et je suis vraiment contente qu’ils l’aient fait.

On s’est placés dans une file qu’on croyait être pour les billets. Ce n’était pas le cas. C’était la file pour les bateaux qui nécessitent d’abord des billets.

On s’est donc séparés : Joey est parti chercher la vraie file pour les billets pendant que je restais avec les enfants dans ce qui peut seulement être décrit comme une situation de proximité très intense. L’espace personnel? Inexistant.

Trois heures plus tard… oui, TROIS, on est finalement montés dans un bateau. Et ça, c’était en se séparant. Si on était restés ensemble, on serait probablement encore là.

Après une petite recherche, on a compris : c’était encore Tết, et maintenant que les familles avaient fini de célébrer à la maison, tout le monde était sorti voyager. Ce qui expliquait l’absence presque totale d’étrangers… et les milliers de visiteurs vietnamiens.

Une fois sur l’eau, on a ajusté nos attentes d’expérience calme et zen. Il y avait des bateaux partout. Mais le ciel s’était dégagé, le soleil brillait, et le paysage était absolument magnifique. Même si ce n’était pas la tranquillité qu’on imaginait, c’était quand même un moment vraiment spécial.

File d'attente en arrière pour le tour de bateau ...
... et en avant! 🤦‍♀️
Beaucoup trop de bâteaux

Et honnêtement, ça résume assez bien notre séjour à Ninh Bình. Est-ce que c’était fluide? Pas du tout. Est-ce que c’était mémorable? À 100 %. Et au fond… n’est-ce pas un peu ça, le but de voyager?

C'est comme ça qu'on mange de la pizza vietnamienne
À Tam Coc, ils pagayent avec leurs jambes!

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