Quand on a commencé à planifier notre aventure au Vietnam, on avait le cœur complètement tourné vers Sapa: les montagnes du nord. Les rizières en terrasses de rêve. Bref, la version Pinterest. Puis, on a fait environ cinq minutes de vraie recherche… et on a découvert que février/mars, ce n’est pas la saison des rizières vert émeraude. Au lieu de ça, on aurait probablement des champs brunâtres et du brouillard.
Alors on a changé nos plans. Et c’est comme ça qu’on est tombés sur la Ha Giang Loop (et Merci à Mme. Katia de nous avoir confirmé que ça en valait le détour). Ha Giang est tout au nord du Vietnam, juste le long de la frontière chinoise. La plupart des voyageurs font la boucle en moto, ce qui a l’air à la fois épique… et légèrement suicidaire.
Comme on est des parents responsables (la plupart du temps), on s’est dit que d’attacher deux enfants derrière des motos pendant trois jours de virages en montagne, ce n’était peut-être pas notre idée la plus brillante. Donc… Jeep ce sera.
Mais avant ça, il fallait s’y rendre.
Deux options :
- Un bus couchette qui arrive à 3 h du matin avec un départ de tour à 7 h 30. Gros non. On aime dormir.
- Une van « limousine » qui part à 15 h et arrive vers 22 h.
On a choisi la limousine, en imaginant des sièges confortables et un trajet tranquille à travers la campagne.
Les sièges ? Excellent.
Le trajet ? Moins zen.
Notre chauffeur a passé environ cinq heures en FaceTime avec sa blonde. À chanter. À siffler. Peut-être même à donner un concert complet de karaoké solo.
J’avais des questions.
Est-ce qu’elle ne travaille pas ?
Est-ce que c’est normal ?
Est-ce qu’on est… en date avec eux ?
Quand il a finalement raccroché, quelqu’un s’est assis à côté de lui et ils ont commencé une conversation très enthousiaste… et très bruyante.
Pendant ce temps-là, les enfants? Des champions. Ils ont fini par s’endormir malgré le spectacle en direct à deux pieds d’eux.
On est arrivés à Ha Giang de nuit dans un chaos total. Un groupe de voyageurs se chicanait parce qu’ils avaient réservé des chambres privées et on leur assignait des lits en dortoir. L’ambiance était tendue. On s’est préparés mentalement. Mais quand on a donné notre nom… on nous a immédiatement escortés vers nos chambres privées.
OUF.
Et bien sûr, aucune histoire de voyage en famille n’est complète sans une chute dramatique. Emma a glissé la seconde où elle est descendue de la van. Face première dans un trottoir couvert d’une boue épaisse et collante. Pas de caca (oui, je l’ai senti juste pour être sûr!). Mais c’était une boue intense, genre colle industrielle. Elle en avait de la tête aux pieds. Et bien sûr, c’était la portion du voyage où on voyageait léger. Léger genre : une seule paire de pantalons longs. Rien ne dit « vacances en famille » comme laver des vêtements pleins de boue à 23 h dans un lavabo.

Quand on a réservé la boucle, on devait choisir :
- Une Jeep plus récente et confortable
- Une vieille Jeep vintage ouverte
La vieille avait l’air incroyable en photo. Ouverte, meilleures vues, vibes de documentaire d’aventure. La nouvelle avait l’air… responsable. Incapables de décider, on a fait ce que n’importe quel parent raisonnable ferait : On a demandé aux enfants. Ils ont choisi la vieille. Donc Jeep vintage ce sera.
Le lendemain matin, on a rencontré notre guide et notre véhicule pour les trois prochains jours. La jeep avait l’air incroyable. Comme si elle sortait tout droit d’un spécial National Geographic.
Mais elle avait aussi :
- Pas de fenêtres
- Aucun dispositif de sécurité visible (incluant les ceintures)
- Aucun cadran fonctionnel
Et au lieu du bon vieux Toyota fiable qu’on imaginait… C’était un vieux véhicule militaire russe (UAZ). On allait apprendre certaines leçons.



Quelques jours avant la boucle, Teddy et moi avons attrapé un virus. En récupérant, une réalisation terrifiante m’est venue :
- Teddy a le mal des transports
- On allait passer trois jours sur des routes de montagne sinueuses
- Dans une vieille Jeep russe sans suspension
- Après une gastro
Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Miraculeusement, on s’est remis vite. Joey et Emma ont évité la peste. Et on a fait le plein de remèdes au gingembre anti-nausée dans une pharmacie à Hanoï.
Le premier matin était brumeux. La visibilité était discutable. Je me préparais mentalement à trois jours de paysages invisibles. Mais vers l’heure du lunch, le soleil est sorti. Et les vues ? Complètement irréelles. Des montagnes de plus en plus hautes. Des routes pleines de virages serrés. Des vallées qui se dépliaient comme des tableaux en couches.

Et bien sûr… le klaxon. Vous savez comment on dit de garder les mains à 10 h et 2 h au volant ? Notre chauffeur gardait ses mains à Klaxon et 2 h. Il klaxonnait tout le temps. Je suis pas mal sûr qu’ils changent le klaxon au début de chaque tour parce qu’il doit brûler avant la fin. Haha!
À mi-chemin d’une montée très raide… Notre Jeep a stallé.
Dans un virage en épingle.
Sur une montagne.
Avec un ravin derrière.
Le chauffeur redémarre.
La Jeep avance d’un mètre.
S’arrête. Recule légèrement.
Répéter.
À ce moment-là, on regrettait profondément d’avoir laissé les enfants influencer notre décision de transport.
Finalement il a appelé l’autre Jeep pour demander conseil. Quelque chose de mécanique et mystérieux s’est produit.
Et soudain…
On roulait de nouveau. On a atteint le sommet.
Puis on a réalisé que le Ha Giang Loop, c’est environ 90 % de montées et descentes. En trois jours, on allait grimper environ 10 000 mètres d’altitude.
Fantastique.

Tous les repas étaient inclus et servis style familial. C’était délicieux, même si après quelques repas on commençait à reconnaître certains plats qui revenaient. Le nord du Vietnam est aussi célèbre pour le « Happy Water », un alcool de riz très fort partagé généreusement au souper.
C’est… puissant. J’ai pris une petite gorgée prudente et j’ai décliné poliment la suite.
Je n’avais pas besoin que mon rythme cardiaque monte encore plus que ce que la Jeep faisait déjà.
Faire le plein de la Jeep était aussi toute une expérience. Le chauffeur vérifiait le niveau d’essence en éclairant directement dans le réservoir avec une lampe de poche.
Ingénierie de précision.


Le deuxième jour nous a offert les plus beaux paysages du voyage. Le ciel était clair avec un soleil chaud. Les montagnes étaient dramatiques et il y avait des petits villages qui semblaient figés dans le temps. On arrêtait constamment. Chaque virage ressemblait à une carte postale.
Notre guide nous a amenés tout près de la frontière chinoise. Voir notre petit point sur Google Maps juste sur la ligne entre le Vietnam et la Chine, c’était assez surréaliste.
Le dernier jour, la pluie tapotait sur le toit le matin avant de laisser place à un soleil et un temps humide. Une autre journée extraordinaire.

















Un couple écossais qui voyageait avec nous avait choisi la Jeep la plus récente. Je pense qu’ils trouvaient notre véhicule… divertissant.
Eh bien.
Le deuxième jour, leur système de refroidissement a complètement lâché. Leur Jeep était finie. Pendant ce temps, notre relique russe sans fenêtres ? Toujours en marche.
On a vu trois autres Jeeps arrêtées sur le bord de la route avec le capot ouvert. Joey a rapidement remarqué que toutes les Jeeps brisaient pendant que les Toyota roulaient sans problème. Teddy a résumé ça parfaitement : « Papa, tu avais raison. Les Jeeps sont pourries. »
(Le couple écossais a finalement terminé la dernière journée en moto, ce qui a rendu nos enfants extrêmement jaloux. Ils étaient presque offensés que notre Jeep ne soit pas tombée en panne.)
Ha Giang abrite plus de 20 groupes ethniques, chacun avec sa propre langue. Les enfants apprennent le vietnamien à l’école. Comme on voyageait pendant la fin de semaine, on voyait beaucoup d’enfants le long des routes. Des petits groupes de deux à six ans qui marchaient ensemble. Les cinq ans qui portaient les bébés. Certains enfants marchent jusqu’à 5 km pour aller à l’école, à travers les montagnes. Nos enfants ont remarqué quelque chose qu’on ne pouvait pas ignorer. Malgré l’isolement et la simplicité de la vie, les enfants riaient, jouaient, s’occupaient entre eux. Pendant que les familles travaillaient dans des champs incroyablement abrupts, des enfants de l’âge des nôtres aidaient déjà dans les champs. Les plus jeunes s'occupaient les uns des autres et ils nous faisaient signe en passant dans notre Jeep dramatique.
C’était beau. Et humble.





La boucle du Ha Giang est sauvage, spectaculaire, imprévisible et inoubliable. La faire en famille, dans un véhicule militaire russe douteux, a rendu l’expérience encore meilleure.
Le nord du Vietnam est incroyablement beau. Mais c’est aussi un rappel de à quel point la vie peut être exigeante dans ces montagnes.
La résilience.
Le travail.
La simplicité.
Ça laisse une impression.
Je me demande comment le tourisme va transformer cette région dans les prochaines années. Mais pour l’instant, je suis reconnaissante.
Reconnaissante que notre Jeep ait survécu.
Reconnaissante que personne n’ait vomi.
Reconnaissante que les pantalons d’Emma ont séché pour le lendemain.
Et surtout reconnaissante d’avoir dit oui à l’aventure… Même quand elle vient sans ceintures de sécurité et avec une jauge d’essence à lampe de poche.






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